La « liste des métiers en tension en France » a été dévoilé hier, 21 février par le gouvernement, identifiant plusieurs secteurs confrontés à des pénuries de main-d’œuvre. Elle sert de référence pour l’attribution de titres de séjour aux travailleurs sans papiers exerçant dans ces professions.
Le marché du travail français rencontre un problème de tensions croissant, particulièrement dans certains secteurs pour lesquels la demande de main-d’œuvre n’a cessé de dépasser l’offre. Ces professions en manque de travailleurs sont aujourd’hui au cœur des préoccupations, notamment en raison de l’impact de l’immigration. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, dans le cadre de la loi « immigration » de 2024 a mis en place une liste officielle de métiers en tension pour mieux répondre à cette problématique, cette liste adressée aux préfets vise à faciliter la régularisation des travailleurs sans papiers exerçant dans ces secteurs clés.
Une liste cruciale pour la régularisation des sans papiers
Cette liste des métiers en tension en France, publiée en février 2025, obtenue par l’AFP et relayé vendredi 21 février par le quotidien « Le Monde » fait suite à la loi d’immigration promulguée en janvier 2024. Elle sert de référence essentielle pour savoir si tel ou tel travailleur sans papiers peut obtenir un titre de séjour selon sa profession. Ce dispositif qui prévoit une régularisation exceptionnelle, cible certains secteurs « en tension » notamment ceux de l’agriculture, de l’hôtellerie, de la restauration… ou encore l’aide à domicile. Il est fait remarquer que c’est au sein de ces secteurs que les difficultés de recrutement sont structurelles du fait de la pénurie de main-d’œuvre.
Pour répondre à cette problématique, les autorités françaises ont repéré les métiers les plus pénalisés par ces pénuries, cherchant à offrir une réponse aux travailleurs étrangers qui sont déjà sur le territoire et qui occupent des postes difficiles à pourvoir. Les préfets des régions auront ainsi une base de référence pour accorder ou non des titres de séjour aux personnes concernées, en tenant compte des besoins locaux et des spécificités régionales.
La mise en place de cette liste est également l’occasion de réagir aux difficultés économiques liées à ces pénuries. Les régions les plus touchées par cette situation sont l’Île-de-France avec un besoin de 41 métiers en tension, Provence-Alpes-Côte d’Azura besoin de 39 métiers et l’Auvergne-Rhône-Alpes avec un besoin de 37 métiers en tension, ces chiffres qui illustrent l’importance d’une approche territorialisée pour répondre aux besoins spécifiques de chaque zone.
D’autres territoires en France sont dans le besoin. Ainsi, pour prendre l’exemple de la Normandie, le besoin de géomètres suscitent beaucoup d’engouement, tandis que plusieurs régions expriment des besoins dans des métiers plus classiques tels que les bouchers, les cuisiniers ou encore les ouvriers du bâtiment.
La spécificité des régions et l’importance de l’adaptation locale
Il est essentiel de comprendre que la liste des métiers en tension en France varie en fonction des régions. Chaque zone géographique présente des besoins différents en termes de main-d’œuvre, et ces besoins évoluent avec les dynamiques économiques locales. Cette diversité géographique a amené le gouvernement à adopter une approche territorialisée. Certaines régions, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes ou la Provence-Alpes-Côte d’Azur et le Centre-Val de Loire ou la Bourgogne-Franche-Comté, sont en général plus demandeuses de bouchers, tandis que d’autres, comme la Normandie dans le cas des géomètres, sont plus demandeuses de spécialités.
Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail, a mis l’accent lors de la présentation de cette liste sur la nécessité d’adapter les critères de régularisation aux spécificités locales. Certes, les professions en tension peuvent être très différentes d’une région à une autre, et il est donc nécessaire que les préfectures en collaboration avec les autorités locales, prennent en compte les particularités des spécialités dans leur gestion des titres de séjour.
Préalablement à l’élaboration de cette liste, le gouvernement a consulté les différentes fédérations professionnelles et organisations locales afin de s’assurer que les métiers retenus sont effectivement en tension sur chaque région. Les autorités veulent ainsi prévenir toute confusion ou la mal interprétation des critères des secteurs « en tension » afin de rendre plus transparent et juste le processus de régularisation des travailleurs sans papiers et de répondre au besoin du marché du travail.
Liste des métiers en tension en France : secteurs les plus touchés
La nouvelle liste des métiers en tension en France regroupe un certain nombre de professions qui occupent des fonctions centrales dans les secteurs clés de l’économie française, comme les métiers de l’agriculture, de l’hôtellerie, de la restauration et de l’aide à domicile. Dans ces secteurs qui peinent à recruter, le gouvernement a ouvert la voie à la régularisation.
- Agriculture : Les « agriculteurs salariés » et « maraîchers et horticulteurs » sont particulièrement recherchés sur l’ensemble du territoire. La France, riche d’un secteur agricole diversifié, recherche des bras pour récolter et entretenir les cultures, une mission abandonnée par les jeunes générations.
- Aide à domicile : Les métiers d’aides à domicile et aides ménagères sont des professions parmi les plus en tension. Ils sont très recherchés, notamment dans les zones rurales où la population vieillissante nécessite des soins et de l’aide du quotidien.
- Hôtellerie et restauration : L’UMIH, principale organisation professionnelle du secteur, a régulièrement exprimé ses difficultés à recruter. Les cuisiniers, les serveurs et les employés de maison sont particulièrement recherchés. Cette situation est exacerbée par le nombre croissant de touristes et la pression constante sur l’industrie hôtelière, surtout en périodes de forte affluence.
- Bâtiment et construction : Le secteur du bâtiment, qui regroupe de multiples corps de métiers (maçons, électriciens, plombiers, etc.), se heurte, lui aussi, à ces pénuries, le développement des projets immobilièrs en France requiert une main-d’œuvre à la fois abondantes et qualifiées.
Une régularisation qui crée polémique
La régularisation des sans papiers travaillant dans les secteurs en tension est une réforme qui divise. Si certains s’en félicitent et y voient une réponse aux besoins réels, tout en permettant de régulariser la situation de nombreux travailleurs déjà intégrés dans le tissu économique, d’autres ont exprimé leurs inquiétudes et dénoncent les effets d’une telle démarche, mettant en avant le risque d’un afflux de travailleurs étrangers.
De son côté, l’UMIH, représentant du secteur hôtelier, a défendu l’idée d’une régularisation sans durcissement des conditions, elle insiste sur l’importance de mettre en place une politique d’accueil favorable pour les travailleurs étrangers qui contribueront dans le combat contre cette pénurie, soulignant que de nombreux établissements peinent déjà à recruter sur des postes vacants. Pour cette organisation, la régularisation devrait se faire dans une démarche de soutien à l’économie plutôt que de fermeture des portes aux étrangers.
La ministre du travail, Astrid Panosyan-Bouvet a fait savoir que « On a travaillé avec le ministère de l’intérieur, avec les régions, les partenaires sociaux pour avoir une liste des métiers en tension par grandes régions », et précise que cette liste a été adressée aux partenaires sociaux, avant « une dernière consultation nationale ». Selon des sources à l’AFP, les organisations syndicales et patronales vont débattre de cette nouvelle liste la semaine prochaine, avant une publication au Journal officiel.
Cette question reste au centre des débats en France, où la question de l’immigration est souvent un sujet sensible. La mise en place de cette liste des métiers en tension fait partie d’une politique plus large visant à équilibrer les besoins du marché du travail et les préoccupations sociales et politiques liées à l’immigration.
Une réforme en cours : les prochaines étapes
La nouvelle liste des métiers en tension sera soumise à une dernière consultation nationale avant sa publication officielle. Les organisations syndicales et patronales seront ainsi appelées à mener un débat sur les conditions de régularisation et les critères d’attribution des titres de séjour. Cette phase est déterminante pour préciser les modalités de la réforme en cours et pour déterminer exactement les métiers concernés.
Les préfectures devront ensuite mettre en œuvre les instructions locales, suivant les critères définis par la loi « immigration ». La mise en œuvre effective de cette politique pourrait prendre du temps, mais elle s’inscrit dans un cadre juridique bien défini, dans un souci d’amélioration de l’intégration des travailleurs étrangers tout en répondant aux pénuries de main-d’œuvre dans des secteurs clés.
Reste à savoir, par quels moyens cela sera mis en œuvre sur le terrain et si cette nouvelle gestion des politiques de l’emploi permettra vraiment de gérer les problèmes d’emploi dans le pays sur le plan des réalités sociales et économiques rencontrées.