Le Lancement de l’Euro numérique, prévu pour octobre 2025, est désormais dans la ligne de mire. Ce projet ambitieux a pour but de réinventer le système monétaire européen, mais il fait face à plusieurs obstacles techniques et politiques. Mise au point sur les enjeux majeurs de ce projet de monnaie virtuelle.
Le projet d’Euro numérique, porté par la Banque centrale européenne (BCE), progresse à grands pas. La BCE a indiqué récemment que l’objectif est de lancer cette monnaie numérique à l’automne 2025. Bien que de nombreuses étapes restent à franchir, la BCE semble déterminée à accélérer son déploiement. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a affirmé lors d’une conférence en mars 2025 que la version numérique de l’euro est désormais plus crucial que jamais pour l’Europe. Cependant, les enjeux sont nombreux, entre défis techniques, résistances politiques et risque de surveillance accrue.
Lancement de l’Euro numérique : un projet stratégique pour l’Europe
L’annonce d’une date pour la fin de la phase de test de l’Euro numérique, à savoir octobre 2025, marque un tournant pour l’Europe. Ce projet, dont l’idée a germé il y a plusieurs années, s’inscrit dans un contexte géopolitique de plus en plus dominé par le dollar américain. En effet, l’un des objectifs principaux de la version numérique de l’euro est de répondre à la domination du dollar dans les paiements numériques internationaux, tout en permettant à l’Europe de renforcer sa souveraineté économique et monétaire.
Christine Lagarde a réitéré, lors de sa conférence de presse du 6 mars 2025 que l’Euro numérique n’est pas qu’un projet technologique, c’est avant tout une réponse aux enjeux modernes de l’économie mondiale. Elle a précisé qu’émanant de la BCE, cette version numérique de l’euro est une alternative aux stablecoins, ces nouvelles cryptomonnaies très employées, souvent adossées sur le dollar. L’objectif serait d’éviter de trop dépendre de monnaies étrangères tout en renforçant l’influence de l’Euro dans l’économie numérique.
La BCE prévoit deux versions distinctes de l’Euro numérique, l’une pour les particuliers et les transactions quotidiennes, et l’autre destinée aux grandes institutions financières. Cette dualité vise à répondre à la diversité des besoins des utilisateurs, tout en assurant la stabilité du système.
Les inquiétudes des opposants au projet
L’élan de la Banque centrale européenne « BCE » butte toutefois sur des oppositions significatives, notamment au sein du Parlement européen, puisque plusieurs eurodéputés ont manifesté des préoccupations tant sur la sécurité que sur les aspects techniques du projet. La récente panne intervenue fin février 2025 du système Target 2 assurant l’exécution en temps réel des paiements en euros entre les établissements bancaires ne fait qu’amplifier leurs réticences. En effet, le système a été interrompu pendant presque une journée, ce qui a entraîné des perturbations dans les paiements interbancaires et a alimenté le scepticisme de certains législateurs.
Markus Ferber, du groupe du Parti populaire européen (PPE), a évoqué une « perte de crédibilité » pour la BCE à la suite de cet incident. Il a souligné la nécessité de prouver la fiabilité des systèmes de paiement avant de mettre en place une monnaie numérique à grande échelle. De même, Johan Van Overtveldt, représentant des Conservateurs et Réformistes, a exigé que la BCE démontre sa capacité à maintenir une infrastructure financière stable avant de poursuivre le projet.
Christine Lagarde a répondu en défendant l’Euro numérique, affirmant que celui-ci serait plus comparable au système TIPS (Target Instant Payment Settlement), un système de paiements de faible valeur qui a fait ses preuves en termes de fiabilité. Selon elle, TIPS n’a pas subi de perturbations majeures lors de la panne de Target 2, ce qui montre que la BCE dispose de l’infrastructure nécessaire pour garantir la fiabilité des paiements à travers la version numérique de l’euro.
Des rumeurs et des inquiétudes sur la vie privée des citoyens
Outre les débats techniques et politiques, l’Euro numérique est également scruté à la lumière de rumeurs sur sa capacité à garantir la confidentialité des citoyens. Diverses sortes de publications ont circulé sur les réseaux sociaux, attisant les craintes de nombreux citoyens sur l’hypothèse d’un suivi de leurs paiements, contrôle assuré par la BCE. Certaines rumeurs parlent même de taxes automatisées et de la possibilité pour la BCE de bloquer des achats.
Pour répondre à ces préoccupations, la BCE a clarifié que les transactions effectuées avec la version numérique de l’euro ne seraient pas traçables de manière personnelle. Les paiements seraient « pseudonymisés », c’est-à-dire que les informations personnelles des utilisateurs ne seraient pas accessibles, à l’exception des informations strictement nécessaires pour la conformité aux réglementations européennes. Dominique Legeais, professeur à l’université Paris Cité et avocat au barreau de Paris, spécialiste du droit bancaire et des cryptoactifs a cependant indiqué que « Si la technologie blockchain est utilisée, il sera théoriquement possible de tracer les paiements, car les données sont pseudonymisées et pas anonymisées ».
Mais pour Francesco Martucci, professeur de droit public à l’Université Panthéon-Assas, spécialisé en droit des marchés, assure que « Dans le cas de l’euro numérique, la garante de la protection des données est l’institution publique, la BCE. A cet égard, des éléments sont prévus pour garantir la protection des données personnelles. A côté de cela, il y aura l’application des règles relatives à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement des terrorismes, qui existent déjà pour les espèces ». En outre, la BCE assure que la version numérique de l’euro offrirait la possibilité de réaliser des paiements « hors ligne », c’est-à-dire sans connexion à Internet, via des technologies comme le Bluetooth, garantissant ainsi une plus grande confidentialité.
En ce qui concerne les rumeurs de taxation automatisée, la BCE a été claire : l’objectif de l’Euro numérique n’est pas de créer un moyen d’imposer des taxes automatiquement, mais plutôt de faciliter les paiements entre citoyens et commerçants, tout en permettant une meilleure traçabilité des transactions dans le respect des règles fiscales existantes. Il est donc important de souligner qu’il n’est pas question de « programmer » les transactions pour qu’elles soient soumises à des impôts de manière automatique, comme certains ont pu le prétendre.
Les enjeux politiques et économiques pour l’Union européenne
L’Euro numérique représente un enjeu stratégique pour l’Europe, bien au-delà des considérations techniques ou financières. Ce projet pourrait faire de l’Union européenne un acteur de premier plan dans le domaine de l’écosystème monétaire numérique mondial. En effet, les États-Unis, avec leurs stablecoins et la domination du dollar, occuperaient une position centrale. La version numérique de l’euro pourrait en effet être une alternative viable et souveraine au contexte monétaire précieux d’un univers où les monnaies numériques prennent le pas.
Néanmoins, réaliser ce projet dépend aussi de la bonne volonté des États et des institutions européennes. Des voix se lèvent chez les principaux interlocuteurs du Parlement européen, des gouvernements nationaux et du monde économique pour rappeler les exigences de sécurité et de protection de la confidentialité, mais aussi l’impératif de ne pas compromettre l’équilibre économique de l’Union européenne.
La mise en œuvre de l’Euro numérique devra également surmonter la résistance des banques de réseau. En effet, ces dernières craignent que ce projet n’engendre un afflux massif des dépôts bancaires vers les portefeuilles numériques garantis par la BCE, provoquant ainsi des tensions de liquidité au sein des banques commerciales.