Le permis de travail fermé au Québec est un dispositif qui lie un travailleur étranger temporaire à un employeur précis. Cette restriction, bien qu’elle vise à répondre à des besoins de main-d’œuvre, engendre une situation de grande vulnérabilité pour ces travailleurs, souvent dans des conditions de précarité, sans possibilité de changer d’employeur.
L’immigration au Québec repose sur un modèle unique au Canada, où la province détient des pouvoirs particuliers en matière de sélection des immigrants. Grâce à l’Accord Canada-Québec sur l’immigration, signé en 1991, le Québec peut choisir une grande partie de ses immigrants économiques en fonction de ses besoins spécifiques, notamment en matière de main-d’œuvre et de francisation.
L’immigration au Québec se divise en trois grandes catégories. L’immigration économique comprend les travailleurs qualifiés, les entrepreneurs et les investisseurs sélectionnés selon les besoins du marché du travail. Le regroupement familial permet aux résidents de parrainer des proches pour les rejoindre au Québec. Enfin, les réfugiés et demandeurs d’asile sont accueillis pour des raisons humanitaires, soit avec un soutien gouvernemental, soit grâce à des parrainages privés. Chaque catégorie suit un processus spécifique, avec un accent particulier mis sur la francisation et l’intégration.
Qu’est-ce qu’un permis de travail fermé au Québec ?
Contrairement au permis de travail ouvert, qui permet à un travailleur de changer d’employeur à sa guise, le permis fermé limite cette liberté. Un travailleur étranger temporaire doit obtenir ce permis en lien avec un employeur spécifique, dans le cadre d’une Étude d’Impact sur le Marché du Travail (EIMT), qui prouve qu’aucun Canadien ou résident permanent n’est disponible pour occuper le poste.
Cette structure rigidifie le marché du travail pour ces travailleurs, les obligeant à rester en poste même si les conditions de travail se dégradent. Cela peut mener à des abus, notamment des salaires inférieurs aux normes, des heures de travail excessives et des conditions insalubres.
Une dépendance qui favorise l’exploitation
Les travailleurs sous permis de travail fermé au Québec sont dans une situation de dépendance totale envers leur employeur. S’ils quittent leur emploi, ils perdent automatiquement leur statut au Canada, ce qui les expose à un risque de déportation. Cette peur dissuade beaucoup d’entre eux de signaler des conditions de travail abusives ou de faire valoir leurs droits.
Des témoignages recueillis par plusieurs organismes de défense des droits des travailleurs rapportent des cas où des employeurs ont abusé de cette vulnérabilité en imposant des conditions de travail inacceptables. Certains travailleurs ont même été menacés ou ont vu leur passeport retenu par leur employeur.
Les défis auxquels sont exposés les travailleurs étrangers temporaires au Québec ?
Les travailleurs étrangers temporaires au Québec sont exposés à des risques accrus pour leur santé et leur sécurité. Beaucoup occupent des emplois physiquement exigeants, augmentant les risques de blessures, d’accidents et d’exposition à des conditions de travail extrêmes (températures élevées, produits chimiques, longues heures de travail). Leur santé mentale est également fragilisée par l’isolement, les barrières linguistiques et culturelles, ainsi que par la précarité de leur statut, pouvant mener à l’anxiété, la dépression et, dans certains cas, à des pensées suicidaires.
Les syndicats font face à des défis pour représenter cette main-d’œuvre vulnérable. Les travailleurs étrangers peuvent être méfiants envers les syndicats en raison de leurs expériences passées, tandis que les travailleurs locaux s’interrogent parfois sur leur solidarité dans les luttes syndicales. Cette situation peut engendrer tensions, intimidation et discrimination, obligeant les syndicats à gérer équitablement les relations entre les différentes catégories de travailleurs
Un autre problème majeur réside dans le fait que ces travailleurs ont souvent peu d’options pour obtenir la résidence permanente. Alors que le Canada met de l’avant des programmes d’immigration économique, de nombreux travailleurs étrangers temporaires ne remplissent pas les critères d’admissibilité. Cette réalité les oblige à enchaîner les contrats précaires, sans perspective de stabilité à long terme.
Initiatives et débats en cours
Face à cette situation, plusieurs groupes de défense des droits des travailleurs demandent la suppression du permis de travail fermé au profit d’un modèle plus flexible. Certains plaident pour une réforme qui permettrait aux travailleurs étrangers temporaires d’accéder plus facilement à la résidence permanente et de changer d’emploi sans risquer leur statut.
Le gouvernement fédéral a mis en place un programme de permis de travail ouvert pour les travailleurs vulnérables, leur permettant de quitter un employeur abusif. Cependant, ce dispositif reste limité et ne résout pas la problématique de fond.
Alors que le Québec continue de dépendre des travailleurs étrangers pour combler des postes essentiels, la question de leurs conditions de travail reste un enjeu de taille. La réforme du système de permis de travail pourrait jouer un rôle important pour améliorer leur situation et leur offrir de meilleures perspectives d’avenir.