L’allocation de voyage à 750 euros, récemment mise en place pour les voyageurs algériens, suscite des débats en raison de son coût élevé. En effet, cette mesure pourrait coûter jusqu’à 4 milliards de dollars par an. Bien qu’elle soit bien accueillie par les voyageurs, elle soulève des questions concernant l’impact sur l’économie, notamment sur le marché parallèle des devises.
Les préparatifs pour le lancement de l’allocation touristique de 750 euros s’intensifient, avec la mise en place de bureaux de change de la Banque d’Algérie dans les aéroports, ports et postes-frontières. Le règlement précisant les conditions sera prochainement publié par la Banque d’Algérie. Samedi dernier, Abdelkrim Bouzred, ministre des Finances, a annoncé lors d’une visite de travail et d’inspection au niveau de la wilaya de Tlemcen que la mesure entrerait en vigueur au terme d’un délai de 15 jours, soit durant la mi-avril après l’Aid-el-Fitr qui a été fixé au lundi 31 mars.
Cette allocation nécessite des ressources logistiques de manière à garantir son bon déroulement et éviter tout risque de détournement. De plus, elle vise à offrir un soulagement aux voyageurs, en particulier ceux de la classe moyenne, qui peinent souvent à accéder aux devises nécessaires pour partir à l’étranger. Mais la question qui se pose est celle du coût pour l’État et de l’efficacité réelle de cette mesure face aux dynamiques complexes du marché des devises.
L’allocation de voyage à 750 euros : Une bouffée d’oxygène, mais à quel prix ?
La nouvelle allocation touristique de 750 euros semble être une réponse directe aux difficultés rencontrées par les voyageurs, qui étaient souvent contraints de recourir au marché parallèle pour obtenir des devises. Ce montant, annoncé pour être versé à partir de la mi-avril, permet aux citoyens de bénéficier d’une aide précieuse pour couvrir les frais de voyage. Cependant, cette mesure, bien qu’applaudie, a également un coût économique considérable, estimé à 4 milliards de dollars par an.
Derrière ce montant substantiel se cache une volonté de réguler l’accès aux devises pour les voyageurs, tout en limitant l’usage des circuits informels. Les autorités algériennes ont multiplié les initiatives pour rendre l’allocation accessible facilement, en installant de nouveaux bureaux de change dans des lieux stratégiques comme les ports et les aéroports. Ces dispositifs devraient permettre aux citoyens d’obtenir leur allocation de manière rapide et sécurisée, mais il reste à voir si cette mesure parviendra réellement à endiguer les pratiques du marché parallèle.
Les effets limités sur le marché noir des devises
Le marché noir des devises, qui constitue un secteur informel important dans le pays, ne semble pas réagir de manière significative à l’augmentation de l’allocation touristique. Selon les analyses de plusieurs experts en finances, la révision à la hausse de l’allocation n’aurait qu’un effet limité sur ce marché. En effet, de nombreux Algériens continuent de recourir à des circuits informels pour se procurer des devises, notamment en raison de la complexité des démarches administratives pour effectuer des transactions via les canaux officiels.
Mahfoud Kaoubi, un analyste économique, souligne que bien que l’allocation de voyage à 750 euros puisse soulager les voyageurs, elle ne constitue pas une solution suffisante pour éradiquer le marché parallèle des devises, il souligne même que « Si la révision à la hausse constitue une alternative pour le voyageur, son effet sur le marché informel des devises demeure limité » et rajoute que « La décision soulage la classe moyenne qui n’aura pas à recourir systématiquement au marché informel. Cependant, la demande sur le marché parallèle ne provient pas des seuls touristes. En réalité, la mesure seule ne suffira pas à avoir un impact significatif. »
En effet, ce marché est alimenté par une demande diversifiée, notamment des chefs d’entreprise qui doivent importer des biens et des produits. Pour eux, les procédures pour obtenir des devises par les voies légales sont souvent trop lourdes, selon Kaoubi « Le processus officiel pour domicilier une transaction reste complexe, nécessitant autorisations et démarches administratives », et le recours au marché parallèle devient donc une option plus attractive.
La nécessité d’une régulation plus stricte
Pour endiguer l’impact du marché parallèle, Mahfoud Kaoubi recommande une régulation plus stricte des flux de devises ainsi qu’une offre alternative compétitive et régulière. Il a également suggéré d’instaurer un système de change à double taux, permettant de mieux gérer les flux de devises et d’absorber une partie de la demande. L’analyste économique a fait savoir qu’ «Il ne faut pas oublier qu’il y a des personnes qui voyagent plusieurs fois dans l’année, alors que l’allocation touristique n’est attribuée qu’une seule fois. C’est ce qui favorise le recours au marché parallèle. »
De plus, « Le problème du marché parallèle de la devise n’est pas seulement lié à la demande, mais aussi à l’offre ». Mais cela n’est pas sans risque. Un changement trop radical dans la politique monétaire pourrait nuire aux réserves de change du pays, surtout dans un contexte économique fragile.
Les autorités, conscientes des enjeux, ont déjà mis en place des dispositifs pour faciliter l’obtention des devises légales par les voyageurs. Cependant, ces efforts pourraient se heurter à des difficultés si une véritable libéralisation du marché des devises n’est pas accompagnée de réformes structurelles plus larges, notamment dans le domaine des importations.
L’impact de la décision sur l’économie nationale
L’augmentation de l’allocation de voyage à 750 euros n’est pas sans conséquences pour l’économie algérienne. Bien que cette mesure profite aux voyageurs, elle génère des coûts importants pour l’État. En effet, le montant global des allocations accordées pourrait s’élever à 4 milliards de dollars par an, comme l’a souligné M. Mahfoud Kaoubi, « Avec un prix moyen du pétrole en baisse à 70 dollars le baril, l’impact d’une telle ouverture pourrait être considérable. Rien que l’allocation touristique pourrait coûter, facilement, jusqu’à 4 milliards de dollars par an », ce qui représente un défi majeur pour la gestion des finances publiques.
La révision de l’allocation vise également à réduire la dépendance au marché parallèle, mais le défi reste de taille. Selon l’analyste, la mise en place d’une politique plus flexible et plus compétitive sur les devises pourrait offrir une solution à long terme. Cela permettrait non seulement de réguler l’accès aux devises pour les voyageurs, mais aussi de stabiliser l’économie en offrant aux citoyens une alternative plus attrayante que les circuits informels, suggérant une « Refonte plus globale de l’accès aux devises et la régulation du marché qui s’imposent ».
En définitive, l’allocation de voyage de 750 euros est une mesure transitoire qui répond à un besoin pressant de la population, tout en étant un levier pour la régulation du marché des changes. Toutefois, les experts estiment que cela ne pourra pas suffire à résorber les difficultés structurelles d’accès aux devises en Algérie. Certes, cette mesure est une bouffée d’air frais pour les voyageurs, mais, elle doit s’inscrire dans une réforme de fond qui, à terme, pourrait transformer et faire évoluer l’encadrement et la gestion des devises et l’économie nationale dans son ensemble.