Le marché noir de devises en Algérie est dans le collimateur. Depuis quelques mois, les autorités ont procédé à la fermeture de places de change illégales dans plusieurs villes simultanément à l’annonce de l’augmentation du montant de l’allocation touristique.
A la mi-octobre, la brigade de surveillance de l’autoroute Est-Ouest à Oued R’hiou à l’ouest de l’Algérie, a interpelé quatre personnes qui activent dans une sorte de bureau de change clandestin. Les agents ont intercepté un véhicule suspect lors d’un contrôle routier. Cette opération a mis au jour une importante quantité de devises étrangères, conduisant à l’arrestation immédiate du chauffeur. Suite à cette première découverte, une enquête a été lancée sous la direction du service de recherche et d’investigation (SRI). Cette enquête a révélé l’existence d’un réseau étendu, impliquant plusieurs personnes dans le commerce illégal de devises sur le marché noir.
Suite à cette investigation, les forces de l’ordre ont identifié les membres du réseau, Il s’agit d’un réseau composé de quatre cambistes spécialisés dans l’achat et la vente illégale de devises. Les saisies comprennent notamment 84.520 euros, 9.105 dollars américains, 52.640 rials saoudiens, 7.940 livres sterling, 28.845 lires italiennes et 2.000 dinars libyens. De plus, cinq compteuses de billets, un véhicule et six téléphones portables ont été récupérés. Les individus impliqués seront présentés devant les autorités judiciaires après l’a conclusion ‘aboutissement de l’enquête.
Vers la fin du marché noir de devises en Algérie
L’arrestation de ces cambistes fait écho à une offensive plus large que les services de sécurité son en train de mener. Pendant des années, les cambistes animaient le marché noir des devises en Algérie dans l’indifférence des autorités. Ils proposaient des taux de change très attractifs, défiant ceux des banques ce qui incitent les citoyens à se tourner vers ces réseaux informels. Cependant, ces lieux, autrefois emblématiques du commerce illégal de devises, sont désormais surveillés de près, et la pression policière force les cambistes à se retirer. Les autorités semblent déterminées à ramener les devises dans les circuits formels, mais cela ne se limite pas à des actions répressives.
L’une des mesures phares accompagnant cette répression du marché noir est l’augmentation du montant de l’allocation touristique, un levier crucial pour saper l’attractivité des transactions illégales. Le président algerien a annoncé qu’une hausse de cette dotation sera mise en œuvre prochainement. Actuellement, chaque voyageur a droit à une allocation annuelle de 15 000 dinars, basée sur le taux de change officiel, soit environ 100 euros. Le taux de change fixé par la Banque d’Algérie est de 145,68 dinars pour un euro.
Malheureusement cette allocation très insuffisante, poussent bon nombre d’Algériens à recourir aux cambistes informels pour obtenir des devises supplémentaires. Demandée et attendue depuis plusieurs années, l’augmentation de l’allocation touristique en Algérie est sur le point de se réaliser. Elle a été officiellement validée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors du Conseil des ministres du dimanche 6 octobre. Avec la révision à la hausse de cette allocation, le gouvernement espère non seulement offrir une solution légale et sécurisée aux citoyens, mais aussi réorienter la demande vers les bureaux de change officiels, tout en réduisant la pression sur le dinar.
Ouverture imminente de bureaux de change
le gouvernement a également annoncé l’ouverture de bureaux de change légaux, un projet destiné à structurer et encadrer l’accès aux devises pour les citoyens. Prévue pour débuter dès 2024, cette initiative vise non seulement à limiter les transactions illégales, mais également à offrir une alternative réglementée pour stabiliser le dinar et réduire les fluctuations observées sur le marché parallèle.
Sous la régulation de la Banque d’Algérie, ces bureaux de change légaux nécessiteront un capital de cinq millions de dinars pour les grandes structures (SPA) et un million de dinars pour les sociétés plus petites (SARL). Cette nouvelle structure pourrait, à terme, combler l’écart entre les taux officiels et ceux pratiqués sur le marché noir, où les devises atteignent parfois jusqu’à 255 dinars pour un euro, contre environ 146 dinars au taux officiel.
En plus de faciliter les transactions en devises pour les voyageurs et les résidents, cette initiative pourrait contribuer à stabiliser le dinar algérien en réduisant la demande informelle, bien que l’impact exact dépendra de la rapidité de l’implantation et de l’accueil du public.
Un plan coordonné pour restaurer l’économie
Cette série de mesures, allant de l’arrestation des cambistes jusqu’à l’augmentation de l’allocation touristique, montre que l’Algérie mène une lutte cohérente et coordonnée contre le marché noir de devises. En assainissant des lieux emblématiques comme le Square Port Saïd et en fermant les réseaux parallèles dans des régions stratégiques, le gouvernement crée un espace pour que les transactions financières puissent se dérouler dans un cadre légal. Parallèlement, l’ouverture de bureaux de change dans chaque wilaya et l’augmentation de l’allocation touristique représentent des réponses structurelles à long terme. Ces mesures visent à faire baisser la demande pour le marché noir en offrant des solutions transparentes, sûres et régulées.
Le démantèlement des réseaux de cambistes, la disparition progressive des places de change informelles comme le Square Port Saïd, et les réformes touchant l’allocation touristique ne sont pas des actions isolées. Elles forment un tout, une réponse globale et réfléchie à une problématique complexe. Si ces réformes se poursuivent et aboutissent, elles pourraient transformer profondément l’économie algérienne, stabiliser le dinar et renforcer la confiance des citoyens dans les circuits financiers formels· Pour l’Algérie, cette bataille contre le marché noir de devises est bien plus qu’une simple lutte contre l’illégalité. c’est une véritable refonte de son économie.