Le 31 mars 2025, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune ont décidé de mettre un terme à la crise diplomatique France-Algérie qui avait marqué les relations entre les deux pays pendant plusieurs mois. Cette initiative, concrétisée par un échange téléphonique, ouvre la voie à un dialogue renouvelé et à une coopération renforcée entre les deux pays.
Cet appel téléphonique historique constitue un moment clé dans la crise diplomatique ayant perturbé les relations entre la France et l’Algérie pendant plusieurs mois, une crise qui semble avoir trouvé son dénouement ce lundi 31 mars 2025. À cette occasion, les deux présidents ont convenu de mettre fin aux tensions qui avaient frappé leurs relations bilatérales. L’issue de cette crise pourrait être le début d’une nouvelle phase de coopération constructive entre les deux nations, souvent marquées par des désaccords, mais aussi par des liens forts. L’appel du 31 mars représente une volonté commune de relancer le dialogue et d’apaiser les différends qui les ont opposés ces derniers mois.
Depuis l’énorme tension qui a éclaté en juillet 2024, la situation entre la France et l’Algérie semblait de plus en plus compliquée. La décision de Macron de reconnaître la marocanité du Sahara occidental avait provoqué une réaction immédiate de l’Algérie, aboutissant à un retrait de l’ambassadeur et à des accusations mutuelles par médias interposés. En parallèle, des affaires sensibles, telles que l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal et des différends sur la question migratoire, avaient intensifié les tensions. Pourtant, ce 31 mars, les deux chefs d’État ont posé un jalon pour une réconciliation durable, marquée par la reprise des discussions sur des sujets aussi variés que la mémoire historique, la sécurité et la coopération économique.
L’appel a débuté par des vœux de succès et de prospérité d’Emmanuel Macron à l’égard d’Abdelmadjid Tebboune, à l’occasion de l’Aid el-Fitr. Ce geste, bien que symbolique, a été aussi l’occasion d’une discussion plus approfondie sur les relations entre la France et l’Algérie. Macron a également formulé des vœux de prospérité et de paix pour le peuple algérien. Il s’agit d’un premier pas pour tenter d’apaiser des relations diplomatiques tendues qui ont duré plusieurs mois.
Les 10 points majeurs abordés par Macron et Tebboune
Le coup d’envoi de cette nouvelle dynamique a été donné lors de cette conversation téléphonique. Les deux présidents ont abordé une série de sujets importants, marquant leur volonté commune de restaurer une relation bilatérale solide et respectueuse. Selon le communiqué relayé par le quotidien « Ennahar », les deux présidents ont discuté de manière « approfondie, franche et amicale ». Différents points ont été soulevés pour renforcer la coopération dans des domaines stratégiques précis, à savoir :
1. Reprise du dialogue sur la mémoire : Question centrale, la mémoire historique a été reprise dans le dialogue ouvert par la Déclaration d’Alger d’août 2022 visant à concilier les différends liés à la guerre d’Algérie pour favoriser une réconciliation entre les deux pays, notamment par la création d’une commission d’historiens conjointe.
2. Retour à un dialogue égalitaire : Les présidents ont fait part de la nécessité d’un dialogue « égalitaire », ancrée dans les relations historiques, humaines, de sécurité qui lient les deux pays. L’objectif est de renforcer cette coopération face aux défis géopolitiques qui concernent tant l’Europe que l’Afrique du Nord.
3. Un nouvel esprit d’amitié pour insuffler une nouvelle ambition : Les deux dirigeants ont exprimé leur volonté de travailler ensemble dans un esprit d’amitié, afin de bâtir une relation bilatérale plus ambitieuse et plus constructive.
4. Coopération immédiate sur la sécurité : Les discussions ont également porté sur une reprise immédiate de la coopération sur la sécurité, qui doit s’intensifier pour faire face aux menaces communes et au terrorisme, ainsi qu’à l’instabilité régionale.
5. Gestion des flux migratoires : Depuis plusieurs mois, les tensions autour de la gestion des dossiers des flux migratoires entre la France et l’Algérie s’étaient accentuées. La France a exprimé des préoccupations concernant les retours de ressortissants algériens en situation irrégulière. Cette question, qui a alimenté des déclarations acerbes, a trouvé une réponse dans l’appel de Macron à Tebboune pour relancer un dialogue pragmatique et efficace sur la question migratoire, avec la volonté de mettre en place un système plus fiable, fluide et efficace pour gérer les mouvements de population entre les deux pays, dans une approche pragmatique qui répond aux préoccupations des deux nations.
6. Reprise de la coopération judiciaire : Les présidents ont convenu de reprendre immédiatement la coopération judiciaire, avec la préparation de la visite de Gérald Darmanin, ministre français de la Justice, en Algérie, afin de discuter de l’extension de cette coopération.
7. Renforcer le champ de la coopération économique : La France et l’Algérie cherchent à redynamiser, aussi, leur relation dans le domaine clé de l’économie. Le commerce bilatéral entre les deux pays a été en effet affecté par des tensions diplomatiques récentes, mais le retour à une coopération constructive pourrait ouvrir de nouvelles perspectives. Emmanuel Macron a d’ores et déjà exprimé le soutien de la France à la révision de l’accord de partenariat entre l’Algérie et l’Union européenne, un aspect fondamental pour renforcer les relations économiques.
Ce soutien vise à garantir des bénéfices mutuels pour les deux pays, tout en respectant les spécificités et les intérêts de chaque nation. Les nouveaux secteurs stratégiques sont clairement visibles devant tels que l’énergie, les nouvelles technologies ou les infrastructures qui font actuellement l’objet des discussions économiques entre les deux pays. De nombreux partenariats restent à explorer pour continuer à accroître les échanges commerciaux, les investissements et les collaborations entre les deux pays.
8. L’appel à la clémence pour Boualem Sansal : Un sujet particulièrement délicat a été la demande de Macron en faveur de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien récemment condamné. Macron a demandé à Tebboune un geste de clémence, soulignant l’âge avancé et l’état de santé fragile de l’écrivain.
9. Visite de Jean-Noël Barrot à Alger : Afin de concrétiser ces engagements, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, effectuera une visite à Alger le 6 avril 2025 à l’invitation de son homologue algérien, Ahmed Attaf. Cette rencontre visera à clarifier et de définir les modalités pratiques de la coopération dans différents domaines, de la sécurité à l’économie, en passant par la question de la mémoire.
10. Rencontres futures des présidents : Au terme de cet appel téléphonique, Macron et Tebboune se sont enfin mis d’accord pour se rencontrer dans un avenir proche afin de clôturer ces discussions et de renforcer la coopération bilatérale sur de multiples dossiers.
Un nouveau chapitre s’ouvre pour les relations France-Algérie
L’entretien, à la fois courtois et franc, entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune a permis de poser les jalons d’un dialogue de fond entre les deux pays. Les relations bilatérales, affaiblies depuis l’été 2024, vont être redéfinies selon différents axes, notamment la nécessité d’un dialogue « d’Etat à Etat », et non plus « d’État à ministre », comme l’a souligné le président Tebboune dans une récente intervention à la télévision algérienne. Les présidents s’étant donc engagés à rétablir un dialogue « égalitaire », qui soit en effet à la hauteur de la richesse des relations qui existent entre les deux pays.
Au-delà des déclarations diplomatiques, c’est bien la volonté de coopérer qui semble se dessiner et qui pourrait ainsi marquer un changement de cap dans les relations entre les deux pays après des mois de tensions et d’absence de perspectives.