Le Maroc va-t-il imposer un visa aux Algériens lors de la CAN 2025 ? Face aux tensions diplomatiques et aux enjeux sécuritaires, le débat divise. Entre contrôle des flux et ouverture touristique, quelle sera la décision du Royaume ?
Alors que le Maroc se prépare à accueillir la CAN 2025, un sujet sensible anime les discussions : le pays va-t-il imposer un visa aux Algériens souhaitant assister à la compétition ? La question dépasse largement le cadre sportif et touche aux tensions diplomatiques persistantes entre les deux voisins.
Depuis plusieurs années, les relations entre Rabat et Alger se sont détériorées, avec des décisions politiques marquantes, comme la rupture des relations diplomatiques en 2021 et la fermeture des frontières. L’Algérie a récemment imposé un visa aux Marocains en septembre 2024, relançant le débat sur une possible mesure de réciprocité de la part du Maroc. Entre considérations sécuritaires, impératifs économiques et image internationale, le Royaume devra faire un choix stratégique.
Imposer un visa aux Algériens pour la CAN 2025 au Maroc ?
L’organisation de la CAN 2025 au Maroc représente un moment clé pour le football africain, mais aussi un test majeur pour la politique diplomatique du Royaume. Avec l’afflux attendu de milliers de visiteurs, la question de l’instauration d’un visa pour les Algériens devient un sujet de débat brûlant. Le contexte diplomatique tendu entre les deux pays rend cette décision particulièrement sensible. Faut-il instaurer une restriction à l’entrée des ressortissants algériens au Maroc, au risque d’impacter le tourisme et les relations entre le Maroc et l’Algérie ? Ou faut-il maintenir une politique d’ouverture, malgré les risques sécuritaires que cela peut engendrer ?
Tensions politiques et décisions diplomatiques
Les relations entre le Maroc et l’Algérie sont marquées par des différends profonds, notamment sur la question du Sahara marocain, et se sont détériorées depuis la rupture unilatérale des relations diplomatiques par Alger en 2021. À cela s’ajoutent plusieurs incidents récents, tels que l’arrestation de Rachid Nekkaz à Marrakech, dont les déclarations ont ravivé les tensions, ou encore l’expulsion du vice-consul marocain à Oran. Ces événements ont renforcé la méfiance entre les deux nations et alimenté les spéculations sur une éventuelle imposition d’un visa pour les Algériens lors de la CAN 2025.
En septembre 2024, l’Algérie a déjà pris les devants en imposant un visa aux Marocains, mettant fin à des décennies de libre circulation entre les deux pays. Pour certains observateurs, il serait donc logique que le Maroc applique une mesure de réciprocité. Cependant, d’autres considèrent que ce choix pourrait compromettre l’image d’ouverture du Royaume et nuire à l’affluence touristique attendue pendant l’événement.
Une sécurité renforcée face à un événement de grande ampleur
La Coupe d’Afrique des Nations est un événement d’envergure qui attire des milliers de supporters et de visiteurs venus de tout le continent. Assurer la sécurité des infrastructures, des joueurs et des spectateurs est une priorité absolue pour les autorités marocaines. Dans un contexte où les tensions diplomatiques peuvent parfois se répercuter sur le terrain sportif, certaines voix estiment qu’un filtrage des entrées par le biais d’un visa permettrait de prévenir d’éventuels incidents.
L’expérience d’autres événements sportifs internationaux montre que les grandes compétitions peuvent parfois devenir des plateformes de contestation politique. Le Maroc, qui souhaite faire de la CAN 2025 un succès retentissant, pourrait donc être tenté de prendre des mesures strictes pour éviter toute perturbation susceptible d’affecter son organisation. Toutefois, cela pourrait aussi envoyer un signal négatif aux supporters algériens qui souhaitent simplement vivre leur passion du football.
L’impact sur le tourisme et l’économie marocaine
L’instauration d’un visa pour les Algériens aurait également des répercussions économiques importantes. Le Maroc est une destination prisée par les touristes algériens, notamment dans des villes comme Marrakech, Agadir ou encore Saïdia. Une restriction des entrées pourrait entraîner une baisse des revenus pour les professionnels du tourisme et du commerce, particulièrement en pleine saison des fêtes de fin d’année, une période clé pour l’industrie touristique marocaine.
Par ailleurs, le Maroc mise sur la CAN 2025 pour renforcer son attractivité touristique à l’échelle africaine et internationale. Des investissements massifs ont été engagés dans la rénovation des infrastructures sportives et hôtelières, ainsi que dans la modernisation des axes de transport. Une mesure restrictive pourrait envoyer un message contradictoire et nuire à la stratégie globale du pays en matière de tourisme et de diplomatie sportive.
Un compromis possible entre ouverture et contrôle
Face à ce dilemme, plusieurs solutions intermédiaires pourraient être envisagées. Plutôt qu’un visa classique, certains suggèrent la mise en place d’une autorisation électronique de voyage, un système qui permettrait de contrôler les entrées sans dissuader les véritables touristes. Cette approche a déjà été utilisée par le Qatar lors de la Coupe du Monde 2022, et pourrait offrir un équilibre entre souveraineté nationale et hospitalité.
Une autre option pourrait être un renforcement des contrôles aux frontières, sans pour autant imposer un visa strict. Une coopération entre les autorités marocaines et algériennes en matière de sécurité, bien que difficile dans le contexte actuel, pourrait également être une solution pour garantir un accueil sécurisé des supporters algériens.
Quelle décision pour le Maroc ?
Le choix que fera le Maroc concernant l’éventuelle mise en place d’un visa pour les Algériens lors de la CAN 2025 sera déterminant à plusieurs niveaux. Il s’agit non seulement d’une question de sécurité, mais aussi d’un test pour la diplomatie marocaine et son positionnement vis-à-vis de son voisin de l’Est et des relations entre le Maroc et l’Algérie
D’un côté, une politique d’ouverture pourrait renforcer l’image du Maroc comme terre d’accueil et de tolérance, un atout majeur dans sa stratégie d’influence en Afrique. De l’autre, une mesure restrictive pourrait être perçue comme une décision pragmatique visant à éviter toute provocation et garantir le bon déroulement de l’événement.
Quelle que soit l’issue de ce débat, la CAN 2025 restera un moment clé pour le Maroc, non seulement sur le plan sportif, mais aussi en tant que révélateur des dynamiques géopolitiques régionales. La décision finale du Royaume devra donc tenir compte d’un équilibre délicat entre sécurité, diplomatie et enjeux économiques.