Le nombre de visas accordés par la France aux Algériens a chuté de 28 % en janvier 2025 par rapport à la même période en 2024. Cette baisse, conséquence des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, pourrait marquer un tournant dans les relations migratoires entre les deux pays.
Depuis plusieurs mois, les tensions entre Paris et Alger ne cessent de s’intensifier, et leurs répercussions se font sentir jusque dans les politiques migratoires. La baisse du nombre de visas accordés aux Algériens de 28 % en janvier 2025 s’inscrit dans un bras de fer diplomatique où chaque camp ajuste ses mesures pour peser sur l’autre.
Nombre de visas accordés par la France aux Algériens en chute libre
Cette baisse du nombre de visas accordés aux Algériens ne s’explique pas seulement par un simple ajustement des politiques migratoires, mais bien par une volonté démontrée de durcir le ton face à Alger. Depuis plusieurs mois, la France multiplie les signaux de fermeture, conditionnant l’octroi des visas à une coopération accumulée sur les expulsions des sans-papiers. De son côté, l’Algérie perçoit ces restrictions comme une mesure punitive, alimentant un climat déjà marqué par des tensions diplomatiques récurrentes.
Dans ce bras de fer, les Algériens en quête de mobilité vers la France se retrouvent en première ligne, confrontés à des délais de traitement rallongés et des taux de refus en nette augmentation. Cette situation pourrait avoir des répercussions plus larges, notamment sur les échanges économiques et universitaires entre les deux pays.
Un durcissement du discours politique en France
La politique migratoire française a récemment pris un virage plus restrictif, notamment sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Ce dernier, dans une logique de « réciprocité », reproche à l’Algérie de ne pas délivrer suffisamment de laissez-passer consulaires permettant d’expulser ses ressortissants en situation irrégulière. Fin 2024, il affirmait devant le Sénat que la France accordait chaque année plus de 200.000 visas aux Algériens, contre moins de 2.000 laissez-passer consulaires délivrés en retour.
« Nous devons évaluer tous les moyens qui sont à notre disposition vis-à-vis de l’Algérie », avait réagi Retailleau en janvier dernier, après le renvoi de l’influenceur Doualem. Cette position s’est renforcée après l’échec de son expulsion à l’aéroport d’Alger le 9 janvier 2025, malgré un document d’identité algérien en sa possession. Cet épisode a conduit Alger à refuser le retour de 17 de ses ressortissants, en contradiction avec le protocole de 1994, qui stipule que toute personne disposant d’une pièce d’identité algérienne valide ou expirée peut être expulsée sans laissez-passer consulaire.
Une réduction des visas aux conséquences directes
Cette tension diplomatique pourrait expliquer la diminution du nombre de visas délivrés aux Algériens. Pour une source sécuritaire citée par Le Point, il s’agit d’un effet « à la danoise », un phénomène où le simple raidissement du discours politique suffit à dissuader les migrants avant même que des mesures concrètes ne soient mises en place.
De son côté, Emmanuel Macron adopte une posture plus nuancée. Selon lui, l’Algérie coopère dans l’attribution des laissez-passer consulaires, avec 3.000 documents délivrés en 2024, un chiffre comparable à ceux du Maroc, de la Tunisie ou encore du Mali. Cette divergence entre l’Élysée et la place Beauvau met en lumière les luttes d’influence internes sur la gestion du dossier migratoire.
Vers un durcissement des conditions d’entrée en France ?
La prochaine étape pourrait être une remise en cause des accords franco-algériens de 1968, qui permettent actuellement aux Algériens de bénéficier d’un régime migratoire privilégié. Parmi les pistes envisagées, la France pourrait exiger systématiquement un visa aux titulaires de passeports diplomatiques algériens, alors qu’ils en étaient jusqu’ici exemptés. Si cette tendance se confirme, l’Algérie pourrait à son tour répliquer en adoptant des restrictions similaires pour les ressortissants français.
Cette guerre des nerfs entre Paris et Alger pourrait ainsi redéfinir en profondeur les flux migratoires entre les deux pays dans les mois à venir. Reste à savoir si cette dynamique se confirmera dans les prochains mois ou si elle restera une tendance, comme l’évoquent certaines analyses relayées dans la presse spécialisée.