Les droits de douanes américains, désormais appliqués à l’ensemble des importations, entrent en vigueur à partir du 5 avril 2025. Donald Trump a mis en place un système de taxes différenciées selon les pays, imposant des surtaxes importantes aux nations jugées hostiles. Voici le détail des pays concernés par ces nouvelles mesures.
Le commerce international fait face à un bouleversement sans précédent suite à l’annonce des droits de douanes américains par Donald Trump. Cette politique de « douanes réciproques », introduite par le président des États-Unis, marque un tournant significatif dans la manière dont les États-Unis interagiront avec leurs partenaires commerciaux. L’objectif annoncé est de favoriser l’industrie américaine en augmentant les tarifs sur les produits importés. Trump a ainsi signifié que les entreprises étrangères devront « payer pour avoir le privilège d’entrer sur le plus grand marché du monde ».
Les mesures, qui entrent en vigueur le 5 avril et le 9 avril 2025, varient en fonction des pays. Alors que certains États verront une augmentation de leurs tarifs à hauteur de 10%, d’autres, jugés moins coopératifs en matière commerciale, devront faire face à des surtaxes bien plus élevées. Cela a déjà suscité des réactions de mécontentement à l’international, certains pays évoquant des contre-mesures ou cherchant des négociations pour atténuer les effets de ces nouvelles mesures.
Le mécanisme des droits de douanes américains
Les droits de douane instaurés par Donald Trump sont qualifiés de réciproques. Autrement dit, les pays qui appliquent des taxes élevées sur les produits américains devront voir leurs propres importations taxées à un taux similaire. Ce système vise à réduire les déséquilibres commerciaux perçus et inciter les pays étrangers à abaisser leurs barrières douanières et autres restrictions non tarifaires.
Le décret signé par Trump prévoit un tarif minimum de 10% sur toutes les importations à compter du 5 avril. Cette mesure affectera une large gamme de produits, des biens de consommation courante aux équipements industriels. Mais ce n’est pas tout. Des surtaxes plus importantes seront appliquées aux pays qui, selon les États-Unis, adoptent des pratiques commerciales jugées injustes ou discriminatoires, comme des normes sanitaires et environnementales trop strictes, ou des obstacles tarifaires déguisés.
Les principaux pays impactés par les droits de douane américains
L’annonce a été accompagnée d’une liste détaillant les droits de douane spécifiques appliqués à chaque pays. Voici les taux qui seront appliqués sur les pays concernés par ces mesures, avec des taux allant de 10% à 59%.
Chine : 34% | Laos : 37% | Sint Maarten : 10% | Sainte-Lucie : 10% |
Union Européenne : 20% | Botswana : 48 % | Îles Falkland : 41% | Nauru : 59% |
Vietnam : 46% | Trinité-et-Tobago : 10% | Gabon : 10% | Guinée équatoriale : 13% |
Taiwan : 32% | Maroc : 10% | Koweït : 10% | Iran : 10% |
Japon : 24% | Algérie : 30% | Togo : 10% | Libye : 31% |
Inde : 26% | Oman : 10% | Suriname: 10% | Samoa: 10% |
Corée du Sud : 25% | Uruguay: 10% | Belize : 10% | Guinée : 10% |
Thaïlande : 36% | Bahamas : 10% | Nouvelle-Guinée : 10% | Timor-Leste : 10% |
Suisse : 31% | Lesotho : 50% | Malawi : 17% | Montserrat : 10% |
Indonésie : 32% | Ukraine : 10% | Libéria : 10% | Tchad : 13% |
Malaise : 24% | Bahreïn : 10% | Îles Vierges britanniques : 10% | Mali : 10% |
Cambodge : 49% | Qatar : 10% | Afghanistan : 10% | Maldives : 10% |
Royaume-Uni : 10% | Mauritanie : 40% | Zimbabwe : 18% | Tadjikistan : 10% |
Afrique du Sud : 30% | Fidgi : 32% | Bénin : 10% | Cap-Vert : 10% |
Brési l : 10% | Islande : 10% | L’île de la Barbade : 10% | Burundi : 10% |
Bangladesh : 37% | Kenya : 10% | Monaco : 10% | Guadeloupe : 10% |
Singapour : 10% | Liechtenstein : 37% | Syrie : 41% | Bhutan: 10% |
Israël : 17% | Guyane : 38% | Ouzbékistan : 10% | Martinique : 10% |
Phillipines: 17% | Haïti : 10% | République du Congo : 10% | Tonga : 10% |
Chili : 10% | Bosnie-Herzégovine : 35% | Djibouti : 10% | Mauritanie : 10% |
Australie : 10% | Niger : 14% | Polynésie française : 10% | Dominique : 10% |
Pakistan : 29% | Namibie : 21% | Îles Caïmans : 10% | Micronésie : 10% |
Turquie : 10% | Brunei : 24% | Kosovo : 10% | Gambie : 10% |
Sri Lanka : 44% | Bolivie : 10% | Curaçao : 10% | Guyane française : 10% |
Colombie : 10% | Panama : 10% | Vanuatu : 22% | Île Christmas : 10% |
Pérou : 10% | Venezuela : 15% | Rwanda : 10% | Andorre : 10% |
Nicaragua : 36% | Macédoine du Nord : 33% | Sierra Leone : 10% | République centrafricaine : 10% |
Norvège : 30% | Éthiopie : 10% | Mongolie : 10% | Îles Salomon : 10% |
Cost Rica : 17% | Ghana : 17% | San Marino : 10% | Mayotte : 10% |
Jordanie : 20% | Moldavie : 31% | Antigua-et-Barbuda : 10% | Anguilla : 10% |
République dominicaine : 10% | Angola : 32% | Bermudes : 10% | Îles Cocos : 10% |
Les Émirats arabes unis : 10% | République démocratique du Congo : 11% | Eswatini : 10% | Érythrée : 10% |
Nouvelle-Zélande : 10% | Jamaïque : 10% | Îles Marshal l: 10% | Îles Cook : 10% |
Argentine : 10% | Mozambique : 16% | Saint-Pierre-et-Miquelon : 50% | Soudan du Sud : 10% |
Équateur : 10% | Zambie : 17% | Saint-Christophe-et-Niévès : 10% | Comores : 10% |
Guatemala : 10% | Liban : 10% | Turkmenistan : 10% | Kiribati : 10% |
Honduras : 10% | Tanzanie: 10% | Grenade : 10% | Sao Tomé-et-Principe : 10% |
Madagascar : 47% | Iraq : 39% | Soudan : 10% | Île Norfolk : 58% |
Birmanie : 44% | Géorgie : 10% | Îles Turks et Caïques : 10% | Gibraltar : 10% |
Tunisie : 28% | Sénégal : 10% | Aruba : 10% | Tuvalu : 10% |
Kazakhstan : 27% | Azerbaïdjan : 10% | Monténégro : 10% | Territoire britannique de l’océan Indien : 10% |
Serbie : 37% | Cameroun : 11% | Saint Helena : 10% | Tokelau : 10% |
Égypte : 10% | Ouganda : 10% | Kirghizistan : 10% | Guinée-Bissau : 10% |
Arabie Saoudite : 10% | Albanie : 10% | Yémen : 10% | Svalbard et Jan Mayen : 10% |
Salavador : 10% | Arménie : 10% | Saint-Vincent et les Grenadines : 10% | Îles Heard-et-MacDonald : 10% |
Côte d’ivoire : 21% | Népal : 10% | Niger : 10% | La Réunion : 37% |
Certains pays comme le Royaume-Uni, l’Argentine et les Émirats arabes unis ont un taux de 10%, ce qui reste relativement faible comparé à d’autres, comme le Cambodge ou la Malaisie, où les surtaxes frôlent les 50%.
Réactions internationales et enjeux géopolitiques
Les réactions à cette nouvelle politique sont diverses et témoignent des tensions qui se profilent. Plusieurs leaders mondiaux ont déjà exprimé leur désapprobation. Le Premier ministre britannique, Jonathan Reynolds, a évoqué la nécessité d’un accord pour atténuer l’impact sur les relations commerciales. Reynolds a déclaré que « Les Etats-Unis étant notre allié le plus proche, notre approche consiste à rester calme et à nous engager à conclure cet accord qui, nous l’espérons, atténuera l’impact de ce qui a été annoncé aujourd’hui ».
Du côté de l’Union européenne, les voix se sont élevées contre ce qu’ils considèrent comme une « mesure injustifiée ». En Italie, la Première ministre Giorgia Meloni a critiqué cette politique en indiquant que c’est une « mauvaise mesure », soulignant que cela risquait d’ouvrir la voie à une énivitable guerre commerciale nuisible pour les deux blocs. Dans un communiqué publié ce mercredi, la Première ministre déclare que :
« L’introduction par les États-Unis de droits de douane à l’égard de l’UE est une mesure que je considère comme mauvaise et qui ne convient à aucune des deux parties. Nous ferons tout notre possible pour parvenir à un accord avec les États-Unis, afin d’éviter une guerre commerciale qui affaiblirait inévitablement l’Occident au profit d’autres acteurs mondiaux. »
En revanche, d’autres, comme l’Allemagne, adoptent une posture plus diplomatique en appelant à éviter une escalade des tensions et appel l’Union européenne à « garder la tête froide », la fédération VCI de la chimie, représentant des géants tels que Bayer ou BASF indique dans son communiqué publié également ce mercredi 2 avril que « Nous regrettons la décision du gouvernement américain. Il est maintenant important que toutes les parties concernées gardent la tête froide », et demande à Bruxelles de « maintenir un dialogue étroit avec Washington ».
Le Canada, déjà dans le viseur des droits de douane américains, a également exprimé son inquiétude, soulignant que ces mesures pourraient avoir des effets dévastateurs sur des secteurs clés de l’économie canadienne, notamment l’acier et l’automobile. Dans son communiqué, le Premier ministre a fait savoir que ces nouvelles mesures vont « fondamentalement changer le commerce international. »
L’Irlande, abritant les sièges européens des géants américains de la technologie et de la pharmacie, affiche le plus important excédent commercial parmi les membres de l’UE avec les États-Unis. Le Premier ministre irlandais Micheal Martin, qui attend une réaction de l’Union européenne de manière « proportionnée », se dit « profondément regretter » les droits de douane de 20% imposés à l’Union européenne par les États-Unis ». Dans son communiqué, Micheal Martin a indiqué que « Toute action doit être proportionnée et viser à défendre les intérêts de nos entreprises, de nos travailleurs et de nos citoyens. »
L’Australie, quant à elle, considère que ces droits de douane américains sont « totalement injustifiés », modifiant ainsi les relations entre les deux pays. Ce jeudi, le Premier ministre australien Anthony Albanese a déclaré lors d’une conférence de presse que « Ces droits de douane ne sont pas inattendus, mais soyons clairs : ils sont totalement injustifiés » et ajoute que « Cela aura des conséquences sur la perception que les Australiens ont de cette relation. »
En ce qui concerne le Mexique, qui est la deuxième économie d’Amérique latine, figure parmi les plus exposées aux taxes punitives annoncées par Donald Trump, se prépare depuis l’avant-annonce de Trump à mettre en place un « plan global » dans le but de renforcer son économie face à ces droits de douane américains. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré que « Nous avons choisi d’attendre de voir ce qu’ils présenteront et nous continuerons par ailleurs à dialoguer avec les États-Unis ». Pour rappel, grâce à l’accord de libre-échange ACEUM, dont fait partie le Canada, plus de 80 % des exportations nationales sont destinées aux États-Unis, ce qui fait de ce dernier son principal partenaire commercial.
Le cas particulier de la Chine et de l’Union européenne
Deux acteurs majeurs se distinguent dans cette nouvelle configuration commerciale, la Chine et l’Union européenne. La Chine, en particulier, devra faire face à une surtaxe de 34%, bien au-delà de celle des autres pays. Cette décision s’inscrit dans la logique de la politique de Trump visant à rééquilibrer les échanges commerciaux et à compenser ce qu’il perçoit comme des pratiques commerciales déloyales de la part des géants asiatiques.
Pour l’Union européenne, la surtaxe est fixée à 20%, un compromis qui semble s’inscrire dans une volonté de pression plutôt que de rupture totale. Le président américain a souligné que l’objectif de ces nouvelles taxes est de « reconstruire l’Amérique », incitant les entreprises à rapatrier leur production sur le sol américain. Dans cette optique, le but n’est pas simplement de sanctionner, mais aussi de stimuler l’économie intérieure.
Le président Trump a indiqué que ces mesures vont « Permettre aux pays de nous aider à reconstruire notre pays et nous allons être très sévères avec les pays qui veulent tricher » et rajoute « Si les gens trichent, il y aura des conséquences extrêmement dures. Les pays vont devoir payer pour avoir le privilège d’entrer sur le plus grand marché du monde ». Il poursuit en soulignant que « Nous allons rester gentils, car nous n’allons faire payer que la moitié des douanes qu’on nous a fait payer. L’Union européenne nous fait payer 39%, on va leur faire payer 20%. » et « On leur fait payer moins, donc il n’y a pas de raison d’être fâchés. »
Impact sur les petites entreprises et les consommateurs
Une des questions qui se pose est l’impact de ces nouvelles taxes sur les petites entreprises américaines et les consommateurs. Si certains produits étrangers deviendront plus chers, ce qui pourrait en théorie favoriser la production locale, d’autres secteurs risquent de souffrir de la hausse des coûts. Les petites entreprises, particulièrement celles qui dépendent de produits importés, devront naviguer dans un environnement de plus en plus complexe et coûteux.
Les experts s’accordent à dire que l’effet sur les consommateurs pourrait être double, car, d’une part, les produits étrangers seront plus chers, ce qui pourrait limiter leur pouvoir d’achat, mais d’autre part, une production accrue aux États-Unis pourrait en théorie stimuler l’emploi et l’innovation dans certaines industries.
Pour l’heure, les conséquences de ces nouvelles taxes douanières américaines sont encore difficiles à évaluer avec certitude, mais il est clair qu’elles transformeront en profondeur le paysage économique mondial dans les mois et les années à venir.