Le 18 janvier dernier, une artiste normande a créé la surprise en adaptant une chanson emblématique du répertoire kabyle : « Mr le Président » de Matoub Lounes. Moonya, de son vrai nom Amandine Fontaine-Rebière, n’aurait probablement pas imaginé qu’une simple reprise allait la propulser sous les feux des projecteurs.
La chanson a en effet enregistré plus de 2 millions de vues depuis sa sortie, captivant un large public, dont plus d’un million sur Facebook. Mais quel est l’histoire derrière cette reprise qui fait aujourd’hui parler d’elle ? L’artiste, qui évolue dans une approche musicale éclectique et touche-à-tout, a vu sa carrière prendre un tournant après avoir découvert la culture kabyle lors d’un séjour marquant en Algérie. L’impact de Matoub Lounes, dont la musique est toujours vivace dans les esprits des Kabyles, est devenu central dans son parcours artistique. Moonya, fascinée par la personnalité du chanteur légendaire, a fait le pari de réinterpréter l’une de ses chansons phares.
Moonya, la passionnée de musique et d’engagement
Moonya n’est pas une artiste comme les autres. Née à Brionne, près de Pont-Audemer, cette musicienne multi-instrumentiste se distingue par son amour pour des genres variés. Si elle est surtout connue pour son projet solo et son goût pour l’expérimentation musicale, elle a également évolué sur de nombreuses scènes européennes avant d’atteindre un tournant majeur en janvier 2024. Ce mois-là, elle a eu la chance de se produire dans l’une des salles les plus mythiques de Paris, le Bataclan, lors d’un concert de l’artiste kabyle Ali Amrane.
Ce moment, marqué par une prestation devant un public majoritairement kabyle, a permis à Moonya de prendre la mesure du succès de sa reprise de Matoub Lounes. De cette expérience, Moonya partage son émotion. « Le 18 janvier, je suis monté au Bataclan, salle mythique, ça été une grande et belle surprise pour moi. Je remercie Ali Amrane qui m’a invité à faire la première partie ; ça été effectivement grandiose, un Bataclan plein, avec un public majoritairement kabyle, mais qui a été très à l’écoute de ma musique, c’était un très bon moment ».
Lors d’une interview sur la chaine publique France 3, Moonya a exprimé sa surprise face à l’ampleur de la réception de son adaptation. « Je ne m’attendais pas du tout, j’ai fait ça comme ça et je suis très heureuse que ça ait autant plu. Du coup, c’est une aventure qui continue, je vais continuer », confiait-elle, visiblement émue. Ce succès a également permis de renforcer l’engouement pour la musique kabyle et l’héritage de Lounes Matoub, une figure incontournable dont l’œuvre traverse les générations.
Matoub Lounes : Un héritage intact
Matoub Lounes, décédé en 1998, est une figure iconique de la musique kabyle, reconnu pour son engagement pour la culture berbère et son combat pour les droits des Algériens. Loin des classiques de la chanson populaire, il a su insuffler à ses textes un message d’insoumission et de révolte, abordant des sujets sociaux et politiques avec une liberté qui lui a valu l’admiration de nombreux artistes à travers le monde. Sa chanson « Mr le Président », qu’a reprise Moonya, fait partie de ses morceaux les plus emblématiques. Avec des paroles incisives, cette chanson est devenue un hymne pour ceux qui défendent la liberté d’expression et la lutte contre l’oppression.
C’est en visitant la Kabylie en 2022 que Moonya a découvert l’étendue de l’influence de Matoub Lounes. Invitée à un mariage dans cette région, elle s’est rapidement imprégnée de l’accueil chaleureux des habitants et de la richesse culturelle locale. Cette expérience fut déterminante : « Je suis resté une semaine et, à la fin, je savais que j’allais y retourner, c’était magique. J’ai pu découvrir les beaux paysages, je suis retourné en mai de l’année suivante et là, en fait, j’ai commencé à vouloir visiter des villages traditionnels, à connaitre un peu plus la culture, la musique, et c’est là qu’est venu l’intérêt profond pour Lounes Matoub, puisqu’il est partout en Kabylie », raconte Moonya sur le plateau de BRTV (Berbère télévision), invitée de Kamel Tarwiht.
La rencontre avec l’artiste, à travers ses chansons et son livre « Rebelle », a alors profondément marqué la jeune musicienne « J’ai lu son livre « Rebelle » et aimé le personnage, le fait qu’il soit autodidacte, cette liberté dans la musique qu’il décrit dans le livre…le jour où j’ai écouté « Mr le président » et sa voix en français à la fin de la chanson, ce morceau a résonné en moi parce que j’entendais le déserteur de « Boris Vian .»
La reprise de « Mr le Président » : Un hommage personnel et universel
Lorsque Moonya a décidé de reprendre « Mr le Président », elle n’a pas voulu se contenter d’une simple adaptation. Son objectif était de rendre hommage à Matoub Lounes en lui donnant une dimension personnelle tout en préservant l’essence du message original. Avant de se lancer, elle a pris soin de consulter la famille de l’artiste, en particulier sa sœur Malika, ainsi que des proches collaborateurs comme Omar Meguenni, qui avait travaillé sur l’album original. Cette démarche a été essentielle pour s’assurer que son interprétation serait fidèle à l’esprit de Matoub Lounes.
« Mon souhait est de rendre hommage à Lounes Matoub, de pouvoir faire revivre cette œuvre », explique Moonya. Et il semblerait que ce pari ait été réussi. La reprise a trouvé un large écho auprès de son public, mais aussi au-delà des frontières. Moonya ne cache pas sa volonté d’explorer d’autres chansons de l’artiste et même de chanter en kabyle à l’avenir.
Dans une époque où les frontières musicales se brouillent, des artistes comme Moonya parviennent à créer des ponts entre des cultures et des époques différentes, tout en rendant hommage à ceux qui ont marqué l’histoire musicale. Si son succès est d’ores et déjà impressionnant, l’avenir pourrait bien réserver encore d’autres belles surprises à cette artiste singulière.