Le Québec a annoncé une réduction de 20 % du nombre de visas étudiant pour l’année à venir. Cette mesure, visant à réguler l’immigration et à limiter la croissance des inscriptions, affecte directement les étudiants étrangers. Quels sont alors les raisons de cette décision, ses conséquences et ses effets sur les nouveaux postulants ?
Le Québec a récemment annoncé la mise en place de mesures drastiques concernant le nombre de visas étudiant pour 2025. Une estimation réduite du nombre de visas que le gouvernement provincial accorderait cet automne pour l’année prochaine qui prend de court de nombreux observateurs et installe une grande inquiétude chez les futurs étudiants étrangers et les institutions d’enseignement. Ce changement pourrait bien affecter l’attractivité du Québec, un acteur majeur dans l’accueil des étudiants internationaux.
Le Québec, autrefois très favorable à l’accueil d’étudiants étrangers, vient de franchir un nouveau cap avec une annonce qui pourrait transformer l’avenir de milliers d’étudiants et d’établissements d’enseignement. Ces mesures, prises dans le cadre du projet de loi 74 du ministre Jean-François Roberge, adopté en décembre dernier r, risquent de bouleverser la dynamique de l’immigration étudiante au Québec pour les années à venir.
En effet, à partir de cette année, le gouvernement provincial mettra en place des quotas stricts concernant les demandes d’admission d’étudiants étrangers dans les établissements d’enseignement québécois. Ce plafond s’élève à 124 760 visas étudiant pour la période allant du 26 février 2025 au 26 février 2026, soit une baisse de 20 % par rapport à l’année précédente. Cette décision fait suite à un ensemble de critiques concernant la gestion des admissions et des formations, notamment les formations professionnelles très courtes, offertes dans les collèges privés.
Cette décision pourrait aussi avoir des répercussions sur l’image internationale du Québec, particulièrement sur son attractivité pour les étudiants étrangers. Selon Jean-François Roberge, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration « Il fallait agir là où il y avait vraiment des abus. »
L’Impact des Quotas sur le Nombre de Visas Étudiant
Le premier aspect de cette nouvelle mesure concerne les quotas appliqués aux différents types d’établissements. Les collèges privés et certaines formations professionnelles seront les plus touchés par cette réduction. Les demandes de visas étudiant pour les attestations d’études collégiales (AEC) et la formation professionnelle subiront les plus fortes baisses. Le nombre d’étudiants étrangers inscrits dans ces programmes sera réduit de manière significative, le nombre annoncé est de 29 200, alors qu’il était de 48 749 l’an dernier, soit une réduction allant jusqu’à 40 % pour certains secteurs.
Quant aux demandes d’admission à la formation professionnelle, elles seront limitées à 32 261, alors que le nombre de demande réçu par le gouvernement était de 44 600 l’an dernier, soit une diminution de 28 %.
Par ailleurs, les universités ne seront pas exemptées de cette mesure, bien que leur quota reste relativement stable, à 63 299 visas étudiant. Ce maintien pourrait être perçu comme une tentative de stabiliser la situation dans les universités, déjà affectées par les plafonds de permis d’étude imposés par le gouvernement fédéral en septembre dernier. Cela permet au Québec de préserver ses programmes universitaires tout en cherchant à réguler plus sévèrement l’immigration étudiante.
Le but de cette réduction est de mieux réguler l’afflux d’étudiants étrangers et d’éviter certaines dérives, comme les formations de courte durée qui ne débouchent pas sur des carrières professionnelles stables au Québec. Le ministre Jean-François Roberge a souligné qu’il s’agissait d’une réponse nécessaire pour assurer une meilleure intégration des étudiants étrangers et éviter la saturation de certains secteurs. Cette décision fait également écho à une volonté de réguler la pression exercée sur les services publics, le logement et d’autres infrastructures.
Pourquoi le Canada limite les Visas Étudiant ?
Le Québec a vu le nombre d’étudiants étrangers exploser ces dernières années, atteignant en 2023 près de 120 000 étudiants, contre environ 50 000 en 2014. Au-delà du défi d’intégration et de la question de la capacité d’accueil de l’ensemble des services publics, cet engouement a soulevé de nombreux problèmes et des remises en question étayées, face notamment au non-respect des quotas hérités de l’ancienne politique de migration. D’où la décision du gouvernement de durcir les critères d’admission pour une meilleure régulation conforme à la volonté gouvernementale.
Selon le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, le but est d’éviter les abus dans certaines formations professionnelles trop courtes et de mieux cibler les étudiants qui souhaitent réellement s’intégrer au marché du travail québécois. Le gouvernement a également mentionné qu’il devait agir là où il y avait des « abus », particulièrement dans les collèges privés qui ont été accusés de pratiques de recrutement problématiques.
Les conséquences des restrictions de visas étudiants sur les étudiants.
Les étudiants étrangers, qui constituent un réservoir intellectuel essentiel au Québec, doivent faire face à un avenir incertain. Ces étudiants qui espéraient, que le système leur fournira, plus facilement, un visa étudiant feront désormais face à des difficultés pour obtenir une place, dans les établissements du Québec.
Et en raison de ces restrictions, certains étudiants pourraient être dissuadés de se rendre au Québec pour étudier, notamment si d’autres pays concurrents, comme les Etats-Unis, la France, ou d’autres provinces canadiennes, ont des conditions d’admission plus favorables. L’attrait du Québec pourrait en pâtir, et ce d’autant plus, que ces restrictions risquent d’entrainer un recul de la diversité culturelle et académique, qui contribue à enrichir l’université.
Les très fortes restrictions apportées aux visas étudiants pourraient également avoir des conséquences pour l’économie du Québec. En effet, les étudiants étrangers constituent un apport financier pour l’économie du Québec, notamment dans les secteurs de l’hébergement, des services, du tourisme. Réduire le nombre d’étudiants étrangers pourrait se traduire par une moindre demande, sur ces secteurs, et donc avoir des impacts en matière d’emplois, de finances publiques.
Cela dit, le gouvernement semble privilégier la stabilisation de la situation actuelle, en cherchant à éviter une surpopulation d’étudiants étrangers qui pourrait nuire à l’intégration de ceux-ci et à la qualité des services fournis.
Des réactions divergeantes des Universités et des Collèges
Du côté des établissements d’enseignement, les réactions sont partagées. Si certaines universités, notamment celles situées à Montréal, continueront de bénéficier de quotas relativement élevés, d’autres, plus petites ou spécialisées dans certains domaines, pourraient ressentir des effets négatifs sur leur recrutement international. Le recteur de l’Université de Montréal, Daniel Jutras, a exprimé son désarroi face à cette situation, soulignant que cette mesure allait à l’encontre des efforts de la province pour attirer les meilleurs talents internationaux
Toutefois, certains experts considèrent que ce contrôle plus rigoureux pourrait permettre aux établissements de mieux sélectionner leurs étudiants, contribuant ainsi à améliorer la qualité de l’enseignement et de l’intégration. Ils avancent par ailleurs que la diversité des profils étudiants dans les programmes favorisera la réussite académique et professionnelle.
Ce tournant dans la politique d’immigration étudiante du Québec constitue un jalon de plus dans la régulation des flux migratoires. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si cette logique par quotas facilitera la régulation de l’afflux d’étudiants étrangers tout en maintenant l’attractivité du Québec comme destination d’études. Les établissements devront rapidement et efficacement adopter ces nouvelles règles et trouver comment attirer et intégrer des étudiants internationaux dans des programmes ayant une forte valeur ajoutée pour l’économie et la société québécoises.
Les étudiants potentiels devront désormais être particulièrement vigilants sur les quotas des établissements d’enseignement qu’ils envisagent de rejoindre afin de ne pas se retrouver piégés dans ce nouvel univers de régulation stricte du visa étudiant.